
LA PLACE
Je reçois régulièrement des personnes ayant “un problème avec la place”.
S'il y a “problème” c'est que la personne juge que ce qu'elle vit ne convient pas. Nous y reviendrons.
Le “problème” vient de la “place”.
La place est l'objet d'injonctions nombreuses en lien avec l'effort, la conquête, voire le combat. Elle serait cachée quelque part et il faudrait trouver sa place. Lorsqu'on l'a enfin trouvée, il faudrait la prendre (à qui? à quoi), pour la garder, pour la tenir (de peur qu'elle s'échappe?). Il faut l'occuper (pour éviter qu'un autre vienne nous la prendre à son tour?)
La place, c'est l'endroit où quelque chose se trouve. Quand tout est bien rangé, chaque chose à sa place. Et c'est reposant.
La place c'est aussi un endroit libre ou un espace réservé. un endroit ou quelque chose trouvera sa place.
C'est aussi la place du village: un espace vacant où chacun peut se rendre, et trouver sa place parmi les autres.
A l'inverse, le mot “utopie” désigne un endroit (“topos”) qui n'a pas de lieu (“u” privatif). Un endroit qui n'a pas d'endroit… ça n'existe pas!
Ne pas avoir de place revient à ne pas exister.
On comprend qu'il puisse y avoir “un problème avec la place”
Les expressions qui parlent de place évoquent globalement d'un espace à l'extérieur. .
Il faudrait se “faire une place” au milieu d'on ne sait quoi; il faudrait que les autres nous “laissent de la place” pour pouvoir disposer d'un espace.
Posons la question autrement à la lumière de l'utopie.
Ce qui n'a pas de place n'existe pas. L'utopie n'existe pas, dans le monde extérieur, matériel. Et pourtant, dans le monde des idées, elle existe.On en arrive à un paradoxe: ce qui n'existe pas existe. .
Et si cette place que je n'ai pas existait… Et si avoir une place commençait par juste offrir un espace à ce qui existe déjà en moi. Rappelons nous la définition de l'utopie: un espace sans espace. Faire de l'espace, c'est permettre d'exister. D'abord en moi. Et possiblement ensuite dans le monde.
La perspective change.
Il ne s'agit plus d'attendre que l'extérieur nous fasse une place ou de défricher à la machette un espace pour être (au risque permanent qu'on vienne nous le contester!); Il s'agit au contraire avec douceur et patience d'examiner, à l'intérieur de soi, les moments où on se sent pleinement exister. Là se trouve notre place.
Alors, posons nous la question :
Comment se sent-on “à cette place”?
Quels sont les ingrédients qui permettent cette forme d'existence pleine et entière?
Les connaître ne permet pas de les invoquer d'un coup de baguette magique.
“Trouver sa place” ne se décrète pas. Par contre une fois que j'en ai goûté les ingrédients, il est possible se mesurer si l'on s'approche ou si on s'éloigne de cet endroit, de cette place où exister est possible.
Le focusing est un moment qui permet de s'approcher de cet endroit.
Comment ce serait de se donner à goûter un peu de cela?
Qu'est-ce que ça amènerait ?…

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